Fin du monopole de Maroc Télécommerce, le point sur les solutions de e-paiement au Maroc

Fin du monopole de Maroc Télécommerce, le point sur les solutions de e-paiement au Maroc

Depuis quatorze ans maintenant, le e-commerce marocain est à la merci deMaroc Télécommerce, l’unique prestataire de service de paiement (PSP) en ligne. Un monopole qui ne satisfaisait pas les acteurs du e-commerce qui dénonçaient l’absence de choix de prestataires, le manque d’innovation et de service client.

C’est désormais du passé puisque Vantage Payment Systems (VPS) vient de lancer PayZone et que M2t va lancer AmanPay dans quelques semaines.

Ce n’est pas trop tôt. Cela fait maintenant plusieurs années que M2t essaie d’obtenir une licence pour lancer leur service auprès du Centre monétique interbancaire, le CMI, l’entreprise chargé par les banques de réguler la monétique, c’est à dire les traitements électroniques, informatiques et télématiques nécessaires à la gestion de cartes bancaires et des transactions associées, au Maroc (à ne pas confondre avec leCentre marocain de l’innovation, lui aussi communément appelé CMI). D’autres nouveaux-venus sont à attendre si l’on en croit les demandes auprès du CMI.

Il aura fallu attendre l’annonce d’un possible rachat de Maroc Télécommerce (MTC) par ce même CMI et le mécontentement grandissant des e-commerçants pour que les choses bougent enfin.

La goutte qui fait déborder le vase est surement l’affaire FNEM vs MTC. La FNEM, Fédération nationale du e-commerce au Maroc, dirigée par El Amine Serhani, est un acteur controversé du ecommerce marocain accusé par certains d’arnaque et qui a déposé une demande d’agrément pour son PSP Fast Payment. En 2013, Serhani accuse le CMI et MTC de monopole organisé, il organise une pétition qui réunit 2 000 signature et un sit-in, et porte enfin l’affaire devant le Conseil de la concurrence qui n’a pas souhaité ouvrir enquête, comme l’explique Média 24 dans un article qui revient sur toute l’affaire. MTC met alors en demeure Serhani pour propos diffamatoire. L’affaire n’ira pas plus loin mais le rachat est annulé et, quelques mois plus tard, respectivement en octobre et décembre 2013, AmanPay et Payzone reçoivent leur agrémentation.

Qu’attendre des ces trois acteurs et qui sont ils ?

PayZone, le spécialiste des cartes 

Lancé hier soir, PayZone est le premier concurrent de Maroc Télécommerce comme l’a rappelé à plusieurs reprises Mohammed Bouri, le responsable du business development de VPS. Comparé à M2t, fort de 11 ans d’experience, et à MTC, 14 ans d’expérience, VPS est un petit jeune.

Lancé en 2011, VPS était jusqu’à présent spécialisée sur les cartes de débit pré-payées. L’entreprise a depuis étendu son offre aux cartes salaires, cadeaux, ou encore fidélité, pour ne citer quelques unes, mais aussi aux paiements mobiles et aux transferts de fonds et compte désormais dix employés – une toute petite équipe donc comparée à celle de M2t qui en compte plus de 150. Le lancement de PayZone permet à l’acteur de se positionner en tant qu’opérateur de paiement en ligne pour devenir un opérateur de moyens de paiement.

L’entreprise compte sur la technologie et la sécurité pour se différencier de ses concurrents, nous explique-t-il. Il a ainsi choisi de déléguer la partie technique à une entreprise européenne, à qui ils ont acheté une solution technique en marque blanche, afin d’offrir une plateforme conforme à la norme internationale PCI-DSS que MTC n’offre pas, et l’authentification 3D secure. La plateforme laissera le commerçant décider, dans une certaine mesure, du degré de sécurité exigé.

L’entreprise souhaite se différencier en simplifiant la gestion du compte commerçant avec l’automatisation de plusieurs processus comme le charge back, la réconciliation des transactions (pour associer automatiquement les transactions aux commandes afin de mieux tracker les impayés), les contestations et les annulations, et un système de reporting en temps réel.


Extrait du dashboard e-commerçant de PayZone

Autre point différenciateur : le service client. « Le support client est dans notre ADN, » martèle le manager, qui met en avant le service client 7j/7, 24h/24.

L’entreprise, forte de son offre interne de moyens de pré-paiement, se targue d’offrir une grande diversité de moyens de paiement. Les clients finaux peuvent ainsi payer, en ligne ou sur leur smartphone, par cartes bancaires nationales et internationales et par cartes prépayées, mais aussi en liquide dans l’une des 1 150 agences Wafacash grâce au service Binga, en cartes de cadeau et de fidélité mais aussi par téléphone, fax ou courrier puisque les e-commerçants dispose d’un terminal de paiement virtuel.

Au cours de l’année à venir, de nouvelles offres de paiement seront déployées comme le paiement échelonné en n fois, le paiement récurrent (pensez abonnement) et le paiement à la livraison (le paiement se fait en ligne mais est déclenché lors de la livraison, contrairement au cash on delivery, COD, où le paiement est effectué en liquide lors de la livraison).

Quant à l’intégration, PayZone propose deux options. Les entreprises ayant déjà un site vitrine fonctionnant sur les logiciels de e-commerce Opencart, PrestaShop et Magento peuvent opter pour l’offre PayPro. Ils recevront des kits d’intégration installable en moins de 24 heures, et les commerçants ne payeront qu’à la transaction, explique Mohammed Bouri.

Les commerçants n’ayant pas envie de s’occuper du développement peuvent opter pour l’option Paystart pour laisser VPS créer, héberger et référer le site, et gérer le catalogue en ligne. La tarification de ce service dépend de chaque entreprise.

En parallèle, les e-commerçants doivent soumettre leur dossier au CMI et déposer une garantie dont les montants seront sensiblement identiques à ceux appliqués pour MTC. Cette caution dépend du risque d’impayé estimé pour chaque e-commerçant, elle oscille entre 0 et 50 000 DHM, et s’élève dans la majorité des cas à 10 à 20 000 DHM. Si le dossier est complet, il devrait être validé dan les 24 heures.

Autre point commun à MTC : les prix. « On ne va pas entrer en concurrence de prix. Nous allons garder le même pricing car les prix actuels sont accessibles par rapport à ce qui fait à l’étranger, » explique Mohammed Bouri. De façon identique, les tarifs varieront en fonction de l’entreprise et des divers facteurs dont le nombre de transaction, panier moyen. Cependant, à la différence de MTC, l’entreprise ne prévoit pas  de prélever de frais d’inscription ou d’abonnements mensuels.

AmanPay, la startup

Au premier regard, AmanPay a tout de la startup innovante : une gestion de la communauté et un ton simple, sympa et direct – allez leur rendre visite sur Twitter, ils répondent à toute vos questions -, un site moderne, un slogan aux airs révolutionnaires – « Ensemble, réinventons le paiement en ligne » -, et une équipe d’une trentaine d’employés – avec à sa tête Amine Azariz, un des cofondateurs de Greendizer, un des créateurs de l’écosystème startup au Maroc. Pourtant, elle n’est pas vraiment une startup.

AmanPay a été créé par M2t, une entreprise spécialisée dans le traitement de transactions financières sécurisées depuis 11 ans. M2t s’est fait connaître grâce à son réseau de proximité de boutiques relai Proximo Tasshilat dans lesquelles les utilisateurs peuvent payer des factures, acheter des titres de transport ou encore recharger leur mobile. Les 1 300 points Proximo Tasshilat sont présents dans 300 villes et villages où ses partenaires (régies d’eau, d’électricité, transporteurs et opérateur mobiles) ne sont pas présents. M2t s’est ensuite diversifié en offrant son logiciel de gestion des transactions financières en marque blanche. M2t compte maintenant 150 employés travaillant au siège marocain et une soixantaine dans ses filiales françaises et sénégalaises.

Développer le télécommerce était la suite logique pour M2t, un canal complémentaire de leurs activités en physique et repose sur des compétences au cœur de leur métier : la facturation et l’intermédiation.

Il faudra encore attendre quelques semaines pour le lancement d’AmanPay. M2t a en effet opté pour le développement de sa solution technique en interne. La plateforme bénéficiera donc de l’expertise de l’entreprise en sécurité des flux financiers. Elle sera donc compatible PCI-DSS et 3D Secure.

La tarification ne sera pas plus élevée que ce qui se fait à l’heure actuelle mais le service proposera des services à forte valeur ajoutée que la concurrence ne propose pas : une intégration en moins de 24h, l’installation automatique d’une grande diversité des moyens de paiement et surtout une nouvelle approche du service client.

M2t offrira la possibilité de paiement par cartes bancaires nationales et internationales, par comptes prépayés et en liquide grâce à son réseau de points Proximo Tasshilat.

Le véritable potentiel de disruption et d’innovation d’AmanPay réside dans ses ambitions en terme de service client. « On veut faire les choses à l’américaine, » nous explique en effet Amine Azariz qui avoue s’être inspiré des process d’Amazon et de Zappos, et avoir « envie de voir ce que ça peut donner au Maroc ».

L’équipe s’est aussi inspiré de ce qui se fait aux Etats-Unis, et notamment chez Stripe, pour concevoir son kit d’intégration. « L’intégration de AmanPay est 100 fois plus simple que ce qui se fait à l’heure actuelle, » explique le manager. Il assure que l’intégration pourra se faire sur n’importe quel système en 24h, contre deux semaines à l’heure actuelle, et sans connaissances en programmation donc sans passer par un développeur ou une agence. Des disposera d’integration automatique (plug-in) pour les principales plateformes seront disponibles.

C’est là d’une importance primordial pour Amine Azariz qui cherche à attirer les commerçants qui ne sont pas encore en ligne en « enlèv[ant] les barrières à l’entrée ». AmanPay compte aussi convertir une partie des clients de Tasshilat, qui compte des poids lourds du marché comme Jumia, Hmall. C’est tout ce qu’on leur souhaite.

Maroc Télécommerce, l’acteur historique

Crée en 2001 sous l’impulsion de banques marocaines et en partenariat avec le CMI, sa mission est de mettre à la disposition des entreprises une infrastructure technologique sécurisée leur permettant de vendre leurs produits et services sur Internet aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.

Jusqu’en 2010, l’entreprise se concentrait sur le paiement en ligne par carte bancaire. En 2010, l’entreprise évolue et commence à s’intéresser à de nouveaux canaux et moyens de paiement comme le paiement via mobile, les distributeurs de billets, les réseaux physiques ou encore le e-banking, devenant ainsi un opérateur de paiement multicanal revendiquant 25 canaux opérationnels ou en cours de mise en place, nous explique Samira Gourroum, directrice du business développement de Maroc Télécommerce.

Selon Samira Gourroum, un site peut disposer d’une plateforme de paiement en ligne MTC en 48h maximum, le temps nécessaire pour obtenir la validation du contrat et intégrer la plateforme grâce au kit d’intégration MTC.

Comme pour devancer ma question, Samira Gourroum enchaîne et justifie la lenteur dont de nombreux acteurs de l’écosystème se sont plaints : « Quand ça prend du temps, c’est que la procédure d’activation du service  avec le CMI n’est pas encore finalisé ou que le site n’est pas opérationnel correctement ».

« On pense souvent qu’il suffit de mettre un  catalogue en lign, de signer le contrat MTC et ‘activer un kit pour commencer à vendre et accepter le paiement en ligne, continue t’elle, or il faut [valider] un ensemble de prérequis », comme l’existence de modules de gestion ou le respect des réglementations bancaires ou métiers (protection du consommateur, protection des données confidentielles, réglementation bancaire, etc…).

Une des autres raisons avancées est le manque de connaissance des entreprises en gestion de transactions en ligne et réglementation, sujet sur lesquels MTC accompagne les e-marchands, nous explique la manager.

Interrogée au sujet question des compétences techniques nécessaires pour intégrer la plateforme, Samira Gourroum s’est contentée de répondre que le kit d’intégration ressemble à ce qui se fait aux Etats-Unis et en Europe, laissant son silence confirmer que le plateforme nécessite l’intervention d’un développeur ou d’une agence web pour être mise en place.

La plateforme offre plusieurs canaux de paiement : le paiement par carte bancaire marocaine et internationale, grâce à son téléphone mobile suite à l’intégration en 2012 de MobiCash, le service de transfert d’argent et de paiement par téléphone mobile de Maroc Télécom, et en liquide depuis l’an dernier grâce à un partenariat avec Binga et à des services de paiement en distributeur de banques partenaires. De nouveaux services seraient à venir pour 2014.

La tarification du service est très variable et évolue d’année en année, nous explique Samira Gourroum, distinguant trois types de coût appliqués : des frais de mise en place gratuit ou à allant de 1000 à 3 000 dirhams, un abonnement mensuel gratuit pour la majorité des clients et de 250 DH pour les grands comptes qui représentent 1% de clients de Maroc Télécommerce, et des frais variables calculés sur le montant des transactions effectuées et dépendant du secteur de l’entreprise. « On fait souvent des concessions au détriment de l’entreprise si cela peut permettre de booster l’économie, » justifie t’elle, prenant pour exemple le domaine du tourisme, de l’enseignement, des associations et du e-gov qui bénéficie des tarifs les plus bas ou disposent d’offres spéciales.

En 2013, ces tarifs variables étaient compris entre 0,25% et 0,5% du montant des transactions, expliquent Mme Gourroum, des tarifs plus avantageux qu’en Europe continue t’elle. Les tarifs de 2014 sont actuellement en cours de réévaluation

Maroc Télécommerce disposerait déjà d’un portefeuille de presque 800 comptes clients opérationnels et des centaines en cours selon Samira Gourroum et aurait permis 1,3 million d’opérations de janvier à septembre 2013, soit une progression de +55,9% par rapport à la même période l’année précédente, pour un total de 871,9 MDH, selon le CMI.

Cette longueur d’avance, additionnée aux 14 ans d’expertise de l’entreprise, devraient protéger la marque face à l’arrivée des deux concurrents expliquent Samira Gourroum, de même que la réputation de la marque. « La marque MTC est une marque crédible, un gage de sécurité, qui rassure les clients, » continue t’elle insistant sur l’importance de la confiance au Maroc, un marché qui travaille toujours au développement de la confiance numérique.

Et de conclure : « L’arrivée de ces nouveaux concurrent est quelque chose de très intéressant, qui va lancer une dynamique dans l’intérêt de tous. C’est une très bonne chose pour le marché. »

Source : Wamda

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